Un diable, ce n’est pas un achat compliqué, et c’est peut-être pour cela qu’il est souvent mal fait. On regarde la capacité affichée, on prend la plus élevée pour être tranquille, et six mois plus tard l’engin dort au fond de l’atelier parce qu’il est trop lourd pour l’usage réel. La capacité n’est presque jamais le bon critère de départ.
Où se situe le diable dans l’ordre de priorité suisse
Avant de choisir un diable, il faut savoir si le diable est la bonne réponse. Le point de départ est l’article 25 alinéa 1 de l’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail, qui demande à l’employeur de prendre les mesures d’organisation appropriées et de mettre à disposition les équipements adéquats, notamment les dispositifs mécaniques, pour éviter que les travailleurs ne doivent déplacer des charges manuellement.
La brochure de la Commission fédérale de coordination pour la sécurité au travail consacrée à la manutention de charges précise ensuite l’ordre à respecter. D’abord les moyens de transport mécaniques, chariots élévateurs, grues, monte-charges. Ensuite les moyens de transport auxiliaires manuels, et c’est là que se situe le diable, avec la brouette et le transpalette. En dernier lieu seulement les aides au transport portées, sangles, structures dorsales et poignées.
Le diable est donc au deuxième rang, au-dessus des sangles et des bretelles, mais en dessous de tout ce qui est motorisé. Autrement dit : s’il existe un flux régulier qui justifie un transpalette, un gerbeur ou un chariot motorisé, le diable n’est plus qu’un palliatif, et la charge résiduelle sur l’opérateur reste élevée.
L’outil d’arbitrage que la SUVA met à disposition
Il existe un instrument concret pour objectiver la décision. La SUVA publie sous la référence 88293 un questionnaire intitulé Poussée et traction de moyens auxiliaires, analyse des contraintes physiques, complété par une instruction d’évaluation portant la référence 88293-1.
Le document précise lui-même son unité de mesure, et cette précision est essentielle : les forces sont normalement mesurées en newtons, mais l’évaluation des contraintes corporelles utilise le kilogramme comme unité de mesure, car le dynamomètre est l’instrument le plus simple à utiliser pour mesurer la force déployée en cas de poussée, traction ou freinage.
Le questionnaire croise la force initiale, exprimée en kilogrammes, avec le nombre de manœuvres par heure. Ce sont deux axes indépendants : chacune des neuf combinaisons reçoit sa propre classification, en vert, en jaune ou en rouge.
| Force initiale | Femmes | Hommes |
|---|---|---|
| Classe 1 | 0 à 7 kg | 0 à 12 kg |
| Classe 2 | 7 à 15 kg | 12 à 25 kg |
| Classe 3 | plus de 15 kg | plus de 25 kg |
Les trois classes de fréquence sont, elles, moins de 5 fois par heure, 5 à 12 fois par heure et plus de 12 fois par heure. La fréquence se compte toujours par heure, jamais par jour ni par semaine. La SUVA indique que les cases repérées en vert signalent de faibles sollicitations, celles en jaune des sollicitations élevées, celles en rouge des sollicitations importantes.
- Le domaine de validité, à lire avant d’utiliser la grille. Le document pose comme conditions générales que le sol soit propre, sec et non glissant, et qu’il soit plat ou ne présente pas une déclivité supérieure à 5 pour cent. Au-delà, sur une rampe de quai ou un sol dégradé, la grille ne s’applique plus telle quelle : les contraintes réelles y sont supérieures à ce qu’elle mesure.
- Le statut de ces valeurs. Ce sont des seuils d’appréciation publiés par la SUVA pour évaluer une situation de travail, pas des valeurs limites inscrites dans une ordonnance. La grille vous sert à documenter une décision, pas à vous couvrir.
- La mesure se fait à plusieurs. Le document demande de conduire l’évaluation avec au moins trois collaborateurs de sexe et de constitutions physiques différents. Une mesure prise sur un seul opérateur ne dit rien.
Pour le choix d’un diable, ce qu’il faut retenir est que l’effort réel dépend bien plus de l’état du sol, du diamètre des roues et du poids à vide de l’engin que de sa capacité nominale. Un diable capable de 300 kg poussé sur un sol irrégulier avec de petites roues demandera davantage d’effort qu’un diable de 150 kg bien roulant.
Le poids à vide est le vrai critère
Sur les quatre diables manuels de notre catalogue, la capacité va de 150 à 300 kg en configuration diable, et jusqu’à 350 kg pour le modèle convertible en position chariot. Le poids à vide, lui, va de 11 à 17,5 kg, et il ne suit pas du tout la capacité.
| Modèle | Capacité | Poids à vide | Ce qui le distingue |
|---|---|---|---|
| Stockman STR300N Brasseur | 300 kg | 11 kg | Le plus léger, et le plus capable |
| Stockman ST250-FM | 250 kg | 15 kg | Le seul équipé d’un système de freinage |
| Stockman ST150-3W | 150 kg | 17 kg | Trois roues, conçu pour les escaliers |
| Stockman STC2 | 250 kg en diable, 350 kg en chariot | 17,5 kg | Deux configurations dans un seul engin |
Le classement se lit à l’envers de la capacité. Le modèle le plus capable est aussi le plus léger : il est destiné à la manutention de fûts, un usage à cadence soutenue. Les deux plus lourds le sont pour des raisons structurelles, le train à trois roues sur jantes acier pour l’un, la double configuration diable et chariot pour l’autre. Le modèle freiné, lui, ne pèse que 15 kg.
Les trois situations qui commandent le choix
Il vous faut un frein
Quai de chargement, rampe de parking, allée en pente : c’est là que la charge échappe. Un seul modèle de notre gamme manuelle dispose d’un système de freinage.
Sur les trois autres, le frein n’est pas mentionné par le fabricant. Ne partez pas du principe qu’il est en option.
Trois roues, et une limite
Le montage à trois roues fait franchir les marches sans porter. Il reste manuel : c’est l’opérateur qui retient la charge à la descente.
Nous conseillons de passer à l’électrique dès que les montées deviennent quotidiennes ou que la charge dépasse la centaine de kilos. C’est un repère issu de notre pratique, pas une prescription.
Le deux en un
Beaucoup d’ateliers achètent un diable puis un chariot deux mois plus tard. Le modèle convertible évite ce doublon.
Il monte à 350 kg en position chariot, contre 250 kg en position diable.
Ce que nos fiches ne disent pas, et pourquoi nous le disons
Trois données manquent sur nos pages produits, et il vaut mieux le savoir avant de comparer avec un concurrent.
- Le diamètre des roues. Il n’est publié que sur un modèle, avec des roues gonflables de 260 mm. Sur les trois autres, la fiche décrit le type de roue mais pas la cote, et sur le diable brasseur seule l’option de roues increvables est décrite. C’est pourtant un déterminant direct de l’effort de poussée sur sol dégradé.
- La profondeur du tablier de charge. Elle n’est publiée que sur le diable brasseur, avec une bavette de 280 mm de série et une grande bavette de 365 mm en option. Sur les autres modèles, seule la bavette rabattable en option est cotée, en 500 x 300 mm.
- Le frein sur les modèles qui n’en annoncent pas. L’absence de mention n’est pas une déclaration d’absence. Demandez nous confirmation plutôt que de le déduire.
Notre gamme

Stockman ST250-FM
Le seul de la gamme à disposer d’un système de freinage, pour garder le contrôle en pente. Structure aluminium renforcé, 250 kg, 15 kg à vide, roues gonflables sur roulements à double étanchéité, glissières d’escalier.

Stockman STR300N Brasseur
300 kg de capacité pour 11 kg à vide, conçu pour la manutention de fûts. Glissières plastique pour franchir les marches, bavette de 280 mm de série, grande bavette de 365 mm en option.

Stockman STC2
Diable et chariot dans un seul engin, 250 kg en position diable et 350 kg en position chariot, 17,5 kg à vide. Roues gonflables de 260 mm, bavette rabattable et roues increvables en option.

Stockman ST150-3W
Montage à trois roues en caoutchouc sur jantes acier, pensé pour déplacer des charges dans les escaliers sans les porter. 150 kg, 17 kg à vide, bavette rabattable en option.
Lorsque le volume, la fréquence ou la hauteur d’escalier dépassent ce que le manuel permet, la suite logique se trouve du côté des diables et dispositifs monte-escaliers motorisés, et nous détaillons ce choix dans notre guide sur le diable électrique monte-escaliers. Pour les charges sur palette, regardez plutôt les transpalettes manuels.
Questions fréquentes
Quelle capacité choisir pour un diable manuel ?
La capacité affichée est rarement le facteur limitant, parce que le vrai plafond est l’effort que l’opérateur peut fournir pour basculer et pousser la charge. La brochure CFST sur la manutention de charges situe d’ailleurs le diable pour des charges unitaires jusqu’à 200 kg environ. Partez de la charge type que vous déplacez, puis regardez le poids à vide de l’engin et le diamètre des roues, qui déterminent l’effort réel.
Faut-il une formation pour utiliser un diable ?
Il n’existe pas de permis pour un diable manuel. Mais l’article 41 alinéa 2bis de l’ordonnance sur la prévention des accidents impose à l’employeur d’informer les travailleurs des dangers liés à la manipulation de charges lourdes et encombrantes et de les instruire sur la façon de lever, porter et déplacer ces charges. Sur un diable, l’instruction utile porte sur la technique de bascule, la position des mains et la conduite à tenir en pente et en escalier.
Existe-t-il un feuillet SUVA consacré aux diables ?
À notre connaissance, il n’existe pas de publication SUVA consacrée au seul diable. Il est traité à l’intérieur de la documentation générale sur la manutention de charges, et la liste de contrôle Alléger la charge, référence 67199, illustre sa rubrique Équipements de transport par un diable monte-escaliers électrique.
Peut-on monter des escaliers avec un diable manuel ?
Oui, avec un modèle à trois roues ou muni de glissières, et dans des limites raisonnables. La descente est le moment critique, parce que c’est l’opérateur qui retient la charge. Dès que les montées deviennent quotidiennes ou que la charge dépasse la centaine de kilos, un diable électrique monte-escaliers se justifie.
Avez-vous des diables en inox ?
Non, notre catalogue n’en propose pas aujourd’hui, alors que notre gamme inox couvre les transpalettes, les gerbeurs et les tables élévatrices. Si votre environnement de lavage ou de corrosion impose l’inox, dites le nous, nous regarderons ce que le fabricant peut fournir plutôt que de vous proposer un aluminium qui n’est pas prévu pour ces conditions.
Un doute sur le bon modèle ?
Dites-nous ce que vous déplacez, combien de fois par heure, sur quel sol et avec quelles pentes ou quels escaliers. Nous vous dirons quel modèle nous recommandons, et surtout si un diable est encore la bonne réponse à votre volume.
Sources citées : CFST, Sécurité au travail et protection de la santé lors de la manutention de charges, réf. 6245.F, édition 2017, pages 7 et 23 ; SUVA, Tirer et pousser des charges, instruction d’évaluation des contraintes, réf. 88293-1.F, édition 2019, et questionnaire Poussée et traction de moyens auxiliaires, analyse des contraintes physiques, réf. 88293.F ; SUVA, liste de contrôle Alléger la charge, réf. 67199.F ; Ordonnance 3 relative à la loi sur le travail, RS 822.113, article 25 ; Ordonnance sur la prévention des accidents, RS 832.30, article 41 alinéas 2 et 2bis, et article 32a. Les caractéristiques et les manques de données produits proviennent de notre catalogue et de la documentation du fabricant Stockman, à la date de publication. Ce guide ne se substitue ni à ces documents, ni à l’analyse des risques propre à votre poste de travail.


