C’est une demande qui arrive souvent par téléphone, et presque toujours formulée de la même manière : il nous faut une échelle à crinoline pour accéder au toit. La première chose que nous demandons en retour surprend parfois. Est-ce que vous accédez à un bâtiment, ou à une machine ? Parce que la réponse change le seuil réglementaire, et parfois la solution entière.
Deux régimes, deux seuils de hauteur
En Suisse, il n’existe pas un seuil unique à partir duquel une échelle fixe doit être protégée. Il en existe deux, et ils ne relèvent pas des mêmes textes.
5 mètres, recommandation à 3
La fiche thématique SUVA 33103 sur la sécurité des échelles fixes dans les bâtiments retient une hauteur de chute de 5 mètres, tout en recommandant d’équiper dès 3 mètres.
Au-delà, l’échelle doit recevoir une crinoline ou un antichute mobile.
3 mètres
La fiche SUVA 33104 sur l’accès aux machines et la norme EN ISO 14122-4 fixent le seuil à 3 mètres de hauteur de chute.
Dès 0,5 mètre, la sortie doit être sécurisée par un portillon à fermeture automatique et un garde-corps en deux parties.
Les deux fiches renvoient aux mêmes articles de l’ordonnance sur la prévention des accidents, l’article 18 sur les échelles fixes, l’article 19 sur les passages et l’article 27 sur l’accessibilité des équipements de travail, ainsi qu’à l’article 11 de l’ordonnance 4 relative à la loi sur le travail. Un troisième régime existe encore pour les regards de visite et les ouvrages d’assainissement, avec la norme SN EN 14396 et la fiche SUVA 33102, où la protection antichute est recommandée dès 3 mètres et exigée à 5.
Crinoline ou antichute : la réponse n’est pas celle qu’on croit
On lit régulièrement que la crinoline serait dépassée, remplacée partout par les lignes de vie verticales. C’est faux en Europe, et il vaut mieux le savoir avant de commander.
Pour l’accès aux machines, la norme EN ISO 14122-4 dans son édition 2016 dit exactement l’inverse. Elle considère que la protection dorsale est un moyen toujours présent, dont le niveau de sécurité réel ne dépend pas de ce que fait l’opérateur, et elle en fait le choix préféré. L’antichute, lui, n’est efficace que si l’utilisateur choisit de s’en servir et de s’y connecter correctement. La fiche SUVA 33104 va dans le même sens pour les machines. Dans les bâtiments, la logique de la SUVA est différente, nous y venons.
Le cadre suisse ajoute une nuance qui compte. Sur les machines, la SUVA suit la norme et préfère la crinoline. Dans les bâtiments, en revanche, la fiche 33103 indique que si l’accès supérieur dispose déjà d’un dispositif d’ancrage pour équipements de protection individuelle antichute, on utilisera de préférence un antichute mobile. C’est une préférence conditionnelle, pas une interdiction de la crinoline.
Un point pèse dans l’arbitrage, indépendamment du dispositif retenu, c’est le sauvetage. La SUVA demande qu’il soit possible de réaliser à tout moment le sauvetage de la personne qui utilise l’échelle, et que la procédure correspondante soit clairement définie et connue. Extraire une personne inconsciente d’une cage est plus difficile que le long d’un rail. Si votre analyse des risques donne du poids au scénario de malaise en hauteur, instruisez ce point avec votre chargé de sécurité avant d’arrêter votre choix.
La nouveauté suisse du 1er janvier 2024
Depuis cette date, la SUVA demande que l’accès supérieur d’une échelle fixe avec crinoline soit sécurisé par un portillon à fermeture automatique et un garde-corps en deux parties. C’est le point que les acheteurs découvrent le plus tard, et celui qu’il faut regarder en premier sur une installation ancienne. Les modalités d’application au parc existant sont à clarifier avec l’organe d’exécution compétent.
Les cotes qui structurent une échelle à crinoline
Pour les échelles fixes sur bâtiments, la SUVA renvoie explicitement à la norme allemande DIN 18799-1 et 2. C’est le référentiel de cotes retenu ci-dessous, et c’est aussi celui du fabricant Munk dont nous distribuons les gammes. Pour un accès aux machines, c’est EN ISO 14122-4 qui s’applique, avec des cotes partiellement différentes.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Départ de la crinoline depuis le sol | 2200 à 3000 mm |
| Espacement vertical des arceaux | 1500 mm au maximum |
| Diamètre d’arceau | 700 mm dans la gamme Munk, les normes encadrant la géométrie par des plages |
| Espacement des échelons | 280 mm en DIN, 225 à 300 mm uniformes en EN ISO 14122-4 |
| Largeur utile entre montants | 400 à 600 mm en échelle simple |
| Distance échelon vers mur | 200 mm au minimum |
| Dépassement des montants à la sortie | 1000 mm au minimum |
| Main courante à la sortie | 1100 mm au minimum au-dessus du niveau d’arrivée |
| Espacement des ancrages muraux | 2000 mm au maximum |
| Hauteur maximale d’une volée simple | 10 000 mm |
| Palier de repos en configuration multi-volées | tous les 6 m |
Aluminium, acier galvanisé ou inox
Le choix du matériau se joue sur trois critères, la corrosivité du site, le poids à poser et le budget. Les rapports de prix ci-dessous sont calculés sur une même référence de notre catalogue, un élément d’échelle modulaire de 13 barreaux, soit 3,64 mètres, ce qui permet une comparaison à géométrie identique. Ils sont calculés sur les prix affichés dans notre catalogue en ligne au moment de la rédaction et donnent un ordre de grandeur qui reste valable quand les tarifs évoluent, parce qu’une action commerciale sur cette gamme s’applique uniformément aux quatre matériaux. Ce ne sont pas des prix, et ils ne valent pas offre.
| Matériau | Indice de prix | Terrain de prédilection |
|---|---|---|
| Aluminium brut | 100 | Intérieur sec, industrie légère |
| Acier galvanisé à chaud | 123 | Extérieur urbain, toiture de bâtiment |
| Aluminium anodisé | 159 | Extérieur, quand le poids compte |
| Inox | 401 | Chimie, agroalimentaire, regards de visite |
L’inox coûte donc environ quatre fois l’aluminium brut et trois fois et quart l’acier galvanisé. Ce n’est justifié que par un environnement réellement corrosif. À l’inverse, le poids joue dans l’autre sens : sur une échelle monobloc de 9,60 mètres de longueur, soit 8,40 mètres de hauteur de montée, l’aluminium pèse 53 à 54 kilos quand l’acier galvanisé en pèse 119. Cela se paie en moyens de levage et en heures de pose.
Une précision utile pour la Suisse romande : le bord d’un lac n’est pas un environnement marin. L’eau douce ne produit pas d’aérosol chloruré, et une installation au bord du Léman ou de Neuchâtel ne relève pas, du seul fait du lac, d’une catégorie de corrosivité marine. Prévoir de l’inox pour cette seule raison, c’est surpayer. Cela ne dispense pas d’un classement au cas par cas : la proximité de routes salées en hiver, une forte durée d’humidification ou surtout la nature du process desservi, station d’épuration, piscine, atmosphère chimique, peuvent justifier une catégorie plus sévère.
Quand l’échelle n’est pas la bonne réponse
C’est le conseil qui nous fait parfois perdre une vente, et nous le donnons quand même. La fiche SUVA 33104 est claire : les échelles fixes ne sont autorisées que si elles servent rarement, de l’ordre d’une fois par mois. Si les montées et descentes sont fréquentes, il faut des escaliers. Et tout transport de matériel volumineux et lourd sur une échelle fixe est interdit.
- Accès quotidien ou pluri-hebdomadaire. Un escalier industriel, en 45 ou 60 degrés, avec ou sans palier.
- Poste de travail en hauteur, pas simple accès. Une plateforme fixe ou une passerelle, avec garde-corps périphérique.
- Bâtiment avec ancrage existant en toiture. Un antichute sur rail rigide, conforme à la norme EN 353-1, monté sur les échelons ou sur les montants d’une échelle existante. C’est aussi la voie de la mise en conformité sans dépose.
- Accès à sécuriser contre l’intrusion. Une sécurisation de pied d’échelle, verrouillable, qui rend l’échelle inaccessible aux tiers.
Ce que comprend, et ne comprend pas, un ensemble crinoline
Le point qui déçoit le plus souvent à la commande. Une échelle à crinoline en kit ne contient pas la sortie. Selon le référentiel retenu et la configuration du point d’arrivée, il faut y ajouter la marche de sortie, le garde-corps et la porte de sécurité, qui se commandent séparément. Sur un toit avec acrotère, le passage d’acrotère est également un poste à part entière, et pas le moins cher.
Comptez aussi les supports muraux, dont l’écartement peut aller de 150 à 950 millimètres selon la façade, et un palier de repos par tranche de 6 mètres en configuration multi-volées.
Notre gamme

Échelles à crinoline
Version à une section, largeur 520 mm, charge 150 kg, hauteurs de montée de 4,76 à 9,52 m, en aluminium anodisé, aluminium brut, acier galvanisé ou inox.

Système modulaire
Éléments de 7, 10 ou 13 barreaux, de 1,96 à 3,64 m, à assembler à la hauteur exacte du site. Espacement de barreaux 280 mm.

Arceaux, sorties, paliers
Arceaux de 700 mm, portes de sécurité, marches de sortie, passages d’acrotère, plates-formes de travail et sécurisations d’accès.

Antichute sur rail
Rails de 1,4 à 2,8 m en aluminium, acier galvanisé ou inox, coulisseaux, fixations sur échelons ou sur montants, plateformes de repos rabattables.
Lorsque la configuration du site sort des standards, nous étudions la solution avec le fabricant et pouvons faire réaliser des exécutions spéciales. Tecram développe par ailleurs des constructions sur mesure pour les véhicules utilitaires et ferroviaires, l’industrie, les citernes et l’aéronautique, et distribue des escaliers industriels et des systèmes de garde-corps. Lorsque l’accès doit servir plusieurs fois par jour ou à des hauteurs variables, la question n’est plus celle de l’échelle mais du moyen d’élévation, et notre guide sur le choix d’une nacelle élévatrice manuelle ou automotrice traite cet arbitrage.
Questions fréquentes
À partir de quelle hauteur une crinoline est-elle obligatoire en Suisse ?
Cela dépend du contexte. Pour une échelle fixe dans un bâtiment, la SUVA retient une hauteur de chute de 5 mètres et recommande d’équiper dès 3 mètres. Pour l’accès à une machine, le seuil est de 3 mètres, aligné sur la norme EN ISO 14122-4. La protection peut être une crinoline ou un antichute mobile.
Peut-on installer une crinoline et un rail antichute sur la même échelle ?
Pour l’accès aux machines, non : la norme EN ISO 14122-4 exclut explicitement la combinaison des deux. Ce n’est pas une sécurité renforcée. Il faut choisir l’un ou l’autre selon le contexte et la présence d’ancrages en partie haute.
La crinoline est-elle encore autorisée ?
Oui, et elle est même le choix préféré de la norme EN ISO 14122-4 pour l’accès aux machines, parce qu’elle protège sans dépendre d’une action de l’opérateur. Dans les bâtiments, la SUVA préfère l’antichute mobile lorsqu’un ancrage existe déjà en partie haute. Le débat qui circule vient principalement de la réglementation américaine, qui n’a aucune portée en Suisse, et de la question du sauvetage, qui est réelle mais relève de l’analyse de risques.
Quel matériau choisir pour une échelle extérieure ?
L’acier galvanisé à chaud ou l’aluminium anodisé couvrent la grande majorité des situations extérieures en Suisse. L’inox se justifie en milieu chimique, agroalimentaire ou dans les regards de visite. Un site en bord de lac ne relève pas d’un environnement marin et n’impose pas l’inox.
Un accès en hauteur à sécuriser ?
Envoyez-nous la hauteur, la nature du support et une photo du point d’arrivée. Nous vous dirons quel régime s’applique, quel référentiel retenir et ce que doit contenir la sortie, avant de chiffrer.
Sources réglementaires et normatives citées : SUVA, fiche thématique Sécurité des échelles fixes dans les bâtiments, réf. 33103.F et Sécurité de l’accès aux machines avec les échelles, réf. 33104.F ; Ordonnance sur la prévention des accidents, RS 832.30, articles 18, 19 et 27 ; normes EN ISO 14122-4:2016, DIN 18799-1, SN EN 353-1 et SN EN 14396, dans leur édition en vigueur à la date de publication. Les cotes et caractéristiques produits proviennent de notre catalogue et de la documentation du fabricant Munk. Ce guide ne se substitue ni à ces documents, ni à l’appréciation de l’organe d’exécution compétent. Tecram distribue les équipements décrits et n’établit pas d’attestation de conformité pour une installation donnée : le choix du référentiel applicable et la validation du projet relèvent du maître d’ouvrage et de son bureau technique.


