Il y a une erreur d’achat qui revient si souvent qu’on la voit venir au téléphone. Le client a besoin de poser une charge de 400 kilos à 80 centimètres devant les roues, il commande une machine annoncée à 500 kilos, et le jour de la livraison la charge ne monte pas. La machine n’est pas en cause, l’annonce non plus. C’est la courbe de charge qui n’a pas été lue.
La courbe de charge, le chiffre derrière le chiffre
La capacité affichée sur une grue d’atelier ou une mini-grue n’est valable qu’à la position la plus rentrée du bras. Dès que la charge s’éloigne du châssis, la capacité s’effondre, et bien plus vite qu’on ne l’imagine. Voici ce que donnent les fiches techniques de notre propre catalogue.
| Machine | Capacité annoncée | Au déport maximal | Perte |
|---|---|---|---|
| Chèvre pliable 1000 kg | 1000 kg en position 1 | 700 kg en position 3 | 30 pour cent |
| Chèvre pliable 2000 kg | 2000 kg en position 1 | 1500 kg en position 3 | 25 pour cent |
| Mini-grue manuelle 300 kg | 300 kg à 200 mm | 105 kg à 1150 mm | 65 pour cent |
| Mini-grue manuelle 500 kg | 500 kg à 220 mm | 170 kg à 1150 mm | 66 pour cent |
| Mini-grue électrique 2000 kg | 2160 kg à déport nul | 480 kg à 2500 mm | 78 pour cent |
La dégradation est nettement plus brutale sur les mini-grues à contrepoids que sur les chèvres, et la raison est physique. Sur une chèvre encadrante, la stabilité vient du châssis qui entoure la charge, sur une chèvre pliable du long empattement des longerons glissés dessous. Sur une mini-grue manuelle, elle vient d’un contrepoids fini, et le bras de levier joue contre lui à chaque centimètre gagné en portée. Les mini-grues électriques, elles, travaillent avec tourelle, stabilisateurs et empattement variable.
Quatre familles, quatre logiques
La chèvre d’atelier
Encadrante ou pliable, manuelle et hydraulique, elle se range dans un coin et ressort au besoin. Aucune fixation, aucune installation. C’est la solution la plus simple pour un besoin ponctuel jusqu’à 2 tonnes.
La mini-grue
Manuelle ou électrique, à contrepoids et stabilisateurs. Les modèles électriques roulent en charge, avec un empattement variable. Elles vont chercher la hauteur et la portée là où rien d’autre ne passe.
La potence
Murale ou sur colonne, elle couvre un disque autour de son point de fixation, avec une capacité constante sur toute la portée. Elle suppose un mur porteur ou un massif de fondation, donc des percements.
Le pont roulant
Il couvre tout le volume du bâtiment et laisse les mains libres. En contrepartie, il exige un chemin de roulement solidaire de la structure, donc une charpente dimensionnée pour, et il est pratiquement irréversible.
Le pont roulant pliable n’existe pas
C’est une recherche fréquente, et elle mérite une réponse claire. Un pont roulant roule sur un chemin de roulement fixe, le plus souvent scellé au bâtiment, parfois porté par une structure autoportante ou, dans le cas d’un semi-portique, par un rail en hauteur et un chemin au sol. Ce qui ne se plie ni ne se range, c’est ce chemin de roulement.
Ce que cherchent la plupart des gens derrière ce terme, c’est un portique en aluminium démontable, qui se sépare en trois éléments, dont les pieds se replient pour le transport et qui se monte à une ou trois personnes selon le modèle. Le portique couvre uniquement le volume situé sous sa poutre, mais il se déplace à vide et ne demande aucune fixation. C’est une vraie alternative quand la halle n’a pas été conçue pour recevoir un pont roulant, ce qui est le cas de la plupart des bâtiments qui n’en ont pas déjà un : ni réserve de charge en toiture, ni poteaux dimensionnés pour les efforts horizontaux de freinage.
Nous ne distribuons ni portique, ni pont roulant, et notre seule potence est une potence mobile d’atelier de 840 kilos, qui relève de la même logique que les chèvres et les mini-grues : elle se déplace avec la charge et ne demande aucune structure fixée au bâtiment. Nous vous le disons franchement parce que c’est une information utile pour votre consultation. Notre gamme couvre les solutions sans fixation et réversibles. Si votre besoin est un poste fixe à cadence élevée, la bonne réponse est ailleurs, et autant le savoir tout de suite.
Les critères qui éliminent, avant ceux qui départagent
- La garde au sol. Elle descend à 90 millimètres sur la chèvre pliable de 1000 kilos et à 95 sur les mini-grues manuelles compactes. Un seuil de porte, un caniveau ou un rail suffisent alors à bloquer la machine. C’est le critère le plus souvent oublié.
- La largeur de passage. Les mini-grues manuelles compactes font 650 millimètres hors tout. Dans la gamme électrique, les modèles de 1000 kilos font 1270 à 1300 millimètres de large pour 4,5 à 4,7 mètres de long, avec une hauteur repliée de 1,13 à 1,18 mètre qui leur permet de passer sous une porte sectionnelle basse. Les modèles de plus forte capacité dépassent 2,3 mètres de large.
- Le poids propre. De 75 kilos pour une petite chèvre pliable à 1550 kilos à vide pour une mini-grue électrique de 2 tonnes. Avec la charge, cette dernière impose au dallage une sollicitation totale de près de 4 tonnes, très inégalement répartie et concentrée sur les roues avant. Faites vérifier la portance de votre dallage.
- Le temps de mise en oeuvre. Une chèvre pliable est prête en quelques secondes. Une mini-grue à contrepoids amovibles se déleste pour être déplacée, puis se recharge à l’usage, en six éléments de 20 ou 40 kilos. Sur trois interventions par jour, cela compte.
- La hauteur sous crochet. De 1,60 mètre sur une mini-grue manuelle compacte à près de 9 mètres sur les plus grandes machines électriques. À comparer à la hauteur sous plafond réelle, pas à celle du faîtage.
Ce que dit la réglementation suisse
Contrôle et entretien
La Suisse ne connaît pas de vérification périodique à échéance fixe imposée par l’État, comme la vérification générale périodique française, pour une chèvre d’atelier. L’obligation existe malgré tout, mais par un autre chemin. L’ordonnance sur la prévention des accidents demande que les équipements de travail soient entretenus conformément aux instructions du fabricant, que les opérations d’entretien soient consignées, et que les équipements exposés à des influences nuisibles soient contrôlés régulièrement selon un plan préétabli ainsi qu’après tout événement exceptionnel. La directive de la Commission fédérale de coordination pour la sécurité au travail précise que cet entretien doit être réalisé par des personnes instruites ou formées à cet effet, et que la documentation doit indiquer qui est intervenu, quand et sur quel équipement.
Dans sa liste de contrôle consacrée aux appareils de levage, la SUVA recommande de refaire le point tous les six mois au moyen de cette liste. Ce délai porte sur la revue de sécurité elle-même, pas sur un contrôle technique imposé de l’appareil : la périodicité du contrôle technique, elle, découle des instructions du fabricant, que l’ordonnance rend contraignantes. La liste de contrôle reste une base de plan de maintenance très utile.
Est-ce une grue au sens de l’ordonnance ?
L’ordonnance suisse sur les grues ne s’applique qu’aux appareils qui remplissent trois conditions à la fois : une charge nominale au crochet d’au moins 1000 kilos ou un moment de charge d’au moins 40 000 newtons-mètres, un dispositif de levage actionné par un moteur, et un crochet déplaçable librement à l’horizontale sur au moins un axe. L’ordonnance exclut par ailleurs expressément les appareils servant au transport de personnes et les machines de terrassement équipées d’un crochet de suspension.
Les trois conditions étant cumulatives, une chèvre d’atelier manuelle en sort quelle que soit sa capacité, faute de dispositif de levage motorisé. Elle relève alors simplement de l’ordonnance sur la prévention des accidents et de la directive sur les équipements de travail. Une mini-grue électrique de 1000 kilos ou plus à flèche orientable, en revanche, remplit a priori les trois conditions.
Permis de grutier
Le permis de grutier n’existe que pour deux catégories, les camions-grue et les grues à tour pivotantes. Pour tout le reste, il n’y a pas de permis, mais les exigences générales applicables au personnel demeurent : être en mesure, compte tenu de son état physique et psychique, de garantir la conduite en toute sécurité, pouvoir se faire comprendre sur le lieu de travail, et être formé à l’utilisation de la grue. C’est ce troisième point qu’a durci la révision entrée en vigueur le 1er septembre 2023, l’instruction ne suffisant plus.
Les accessoires de levage, l’angle mort
Élingues, crochets et manilles font l’objet de leurs propres règles, et c’est souvent là que le contrôle achoppe. La SUVA demande un contrôle visuel avant chaque utilisation et un contrôle périodique documenté selon les indications du fabricant, sa liste de contrôle recommandant par ailleurs de refaire le point tous les douze mois. Chaque accessoire doit porter sa charge maximale d’utilisation, sa masse à vide, son année de fabrication, son numéro de série et son fabricant. Un accessoire défectueux doit être immédiatement mis de côté et rendu inutilisable, et non pas remisé au fond de l’atelier.
Notre gamme

Stockman SC 500
500 kg en position 1, 350 kg en position 3. Six roues pivotantes, repliable pour le rangement, 75 kg à vide, garde au sol de 150 mm.

Stockman SA 1000
1000 kg en position 1, 700 kg en position 4. Bras télescopique à quatre positions, hauteur sous crochet jusqu’à 2475 mm, 103 kg.

Mobilev MINIMOB 05
500 kg à 220 mm, 170 kg à 1150 mm. 650 mm de large seulement, contrepoids amovibles de 40 kg, dispositif anti-basculement.

Mobilev 12MO S180 EVO V2
1000 kg, 1100 kg à vide, 4500 mm de long pour 1300 mm de large et 1180 mm de hauteur repliée. Se déplace en charge.
La gamme complète est visible dans notre rubrique mini-grues et chèvres d’atelier. Il existe aussi une version pour salle blanche et une version pour zone explosive parmi les mini-grues électriques. Pour déplacer des charges lourdes au sol plutôt que les lever, nos tracteurs pousseurs répondent à un besoin voisin et souvent confondu.
Lorsque la charge doit être levée à hauteur d’homme puis déposée sur un poste de travail plutôt que suspendue, la bonne famille n’est pas la grue : notre guide sur les tables élévatrices et chariots de manutention couvre ce besoin.
Questions fréquentes
Pourquoi ma grue d’atelier ne lève-t-elle pas la charge annoncée ?
Parce que la capacité affichée correspond à la position la plus rentrée du bras. Au déport maximal, une chèvre perd environ 25 à 30 pour cent de sa capacité, et une mini-grue à contrepoids peut en perdre 65 à 78 pour cent. La courbe de charge figure sur la fiche technique et sur la machine.
Faut-il un permis de grutier pour une mini-grue ?
Le permis de grutier n’existe que pour les camions-grue et les grues à tour pivotantes. Les autres appareils n’en demandent pas, mais l’opérateur doit être apte et formé à l’utilisation de la machine. Pour une mini-grue automotrice de 1000 kilos ou plus, faites confirmer le classement de l’appareil auprès de la SUVA avant la mise en service.
À quelle fréquence contrôler un appareil de levage en Suisse ?
La loi n’impose pas d’intervalle chiffré pour les appareils de levage courants, mais elle impose un entretien conforme aux instructions du fabricant, réalisé par une personne formée et documenté par écrit : la périodicité de votre notice devient donc contraignante. La SUVA recommande en outre de refaire le point tous les six mois avec sa liste de contrôle appareils de levage, et tous les douze mois avec celle des accessoires, en plus du contrôle visuel avant chaque utilisation.
Existe-t-il un pont roulant pliable ?
Non. Un pont roulant roule sur un chemin de roulement fixe, qui lui ne se plie pas. Le produit qui correspond à ce besoin est le portique en aluminium démontable, qui se sépare en éléments, se replie pour le transport et ne demande aucune fixation.
Une charge à lever dans votre atelier ?
Donnez-nous la masse, la distance de déport et la hauteur sous crochet nécessaire. Nous vous dirons quelle machine tient réellement la charge à cette distance, et laquelle passe vos portes.
Sources réglementaires citées : Ordonnance sur la prévention des accidents, RS 832.30, articles 32a et 32b ; Ordonnance sur les conditions de sécurité régissant l’utilisation des grues, RS 832.312.15, articles 2, 3, 4, 5, 8 et 15 ; directive CFST 6512 sur les équipements de travail ; SUVA, listes de contrôle Appareils de levage, réf. 67158.f, Accessoires de levage, réf. 67198.f et Élingues, réf. 67017.f. Les courbes de charge et cotes citées proviennent des fiches techniques des constructeurs Stockman et Mobilev disponibles sur notre catalogue, sous réserve d’évolution des gammes. Ce guide est un document d’orientation. Il ne se substitue ni à la notice du constructeur, ni à l’analyse des risques que l’employeur doit conduire, ni aux prescriptions de la SUVA.


